Mourir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue avec l'auxiliaire être ; je meurs, nous mourons ; je mourais, nous mourions ; je mourus ; je mourrai ; je mourrais ; meurs, mourons ; que je meure ; que je mourusse ; mourant ; mort ). X e siècle. Issu du latin mori , de même sens.
1. Cesser de vivre, perdre la vie. Il vient de . Se laisser . Mourir de mort naturelle, de mort violente. Mourir de vieillesse, de sa belle mort. Mourir de faim. Mourir en couches. Mourir chrétiennement ou, anciennt., bien . Il est mort dans la religion de ses pères. Mourir en héros. Il est mort au champ d'honneur. Mourir pour ses idées, pour la liberté. Faire quelqu'un , être la cause de sa mort, ou le mettre à mort. Aider quelqu'un à . En parlant d'un animal, d'une plante, de tout ce qui est doué de vie. Son chien est mort écrasé. Le froid a fait ces arbres. Loc. impers. Il est mort des milliers d'hommes dans cette bataille. Pron. Se , être sur le point de perdre la vie, en train de perdre la vie. Il est gravement blessé, il se meurt. Dans la phrase « Madame se meurt, Madame est morte », Bossuet marque la progression foudroyante du mal qui atteignit la belle-sœur du roi. Titre célèbre : Le roi se meurt , d'Eugène Ionesco (1962).
2. Loc. et expr. Mourir comme un chien , sans l'assistance de la religion ou abandonné de tous. Faire quelqu'un à petit feu , par des souffrances, des chagrins qui le minent lentement. Mourir à la tâche , à force de travail ou au milieu de son travail. Mourir à la peine , sans avoir pu ou voulu quitter de pénibles travaux. Il est mort dans la peau d'un honnête homme , en s'étant corrigé, racheté. Dans des tours hyperboliques, pour exprimer l'extrême intensité d'une sensation, d'un sentiment. Je meurs de soif, de froid , j'ai grand soif, grand froid. Il meurt ou, pron., il se meurt d'amour. Mourir d'impatience. Mourir de frayeur. Vous devriez de honte. C'est à de rire. J'en meurs d'envie. S'ennuyer à . Faire quelqu'un , lui faire éprouver de grands soucis, ou lui donner une impatience extrême de quelque chose. De grâce, poursuivez votre récit, vous me faites, vous me ferez . Spécialt. Mourir de faim , être dans le plus grand dénuement. On dit substantivement Un meurt-de-faim , voir ce mot. Sous la forme d'un souhait, d'un serment, pour montrer sa résolution, sa conviction. Je veux , que je meure, si ce que je dis est faux. Plutôt que céder ! Fam. Dans des tournures négatives, pour apaiser une crainte, surmonter une réticence. Faites un effort, vous n'en mourrez pas. Expr. proverbiales. Un lièvre va toujours au gîte , voir . On ne sait qui vit ni qui meurt , on ne sait ce que réserve l'avenir. Nous mourons tous les jours , nous avançons chaque jour vers la mort. Spécialt. Mourir à quelque chose , s'en détacher, y renoncer définitivement (s'emploie en particulier dans le vocabulaire de la spiritualité). Mourir aux passions. Mourir au monde , quitter la société des hommes pour vivre dans la retraite et dans les exercices de piété.
3. Par anal. Cesser d'être, disparaître. Une civilisation, un empire qui meurt. Cette entreprise mourra faute de capitaux, de débouchés. En parlant des œuvres morales, des productions de l'esprit, des ouvrages de l'art. S'effacer de l'esprit des hommes, être oublié. Vos bienfaits ne mourront jamais dans notre souvenir. Les œuvres de cet écrivain, de cet artiste ne mourront pas avec lui.
4. Par ext. Se dit également de ce dont le mouvement, l'activité, l'intensité s'affaiblit peu à peu jusqu'à disparaître. Le flot vient sur le sable. Laisser le feu. Un terrain mourant en pente douce. Le jour, la lumière meurt ou, pron., se meurt.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je meurs, tu meurs, il meurt; nous mourons, vous mourez, ils meurent. Je mourais. Je mourus. Je suis mort. Je mourrai. Je mourrais. Meurs. Que je meure. Que je mourusse. Mourant. Mort.") Cesser de vivre, en parlant des Hommes et des animaux. "Mourir d'une mort naturelle, de mort violente, de vieillesse, de maladie. Mourir subitement. Mourir jeune. Mourir vieux. Mourir à la fleur de l'âge. De quoi est-il mort? Il est mort d'apoplexie, d'une fluxion de poitrine. Il est mort de faim. Il est mort empoisonné. Il est mort pauvre. Le chagrin l'a fait . Il va , il s'en va . Malade à en , à . Il s'est laissé de faim. Mourir avec fermeté, avec courage, avec résignation. Mourir chrétiennement, comme un saint, dans la grâce de Dieu, de la mort des justes." JÉSUS-CHRIST "est mort pour tous les hommes. Mourir pour son roi, pour sa patrie, pour sa religion. Son chien est mort enragé. Son cheval vient de ."
Impersonnellement, "Il meurt, année moyenne, tant de personnes dans cette ville. Il mourut beaucoup de monde de la grippe."
Fam., "Mourir de sa belle mort," Mourir de mort naturelle.
"Mourir au champ d'honneur," Être tué sur le champ de bataille.
"Faire quelqu'un," Le mettre à mort, en exécution d'une condamnation.
"Se laisser ," Ne rien faire pour soutenir sa vie.
"Mourir à la peine," Mourir au milieu et par suite d'occupations pénibles, qu'on n'a pas pu ou qu'on n'a pas voulu quitter. "Son grand âge ne le décida pas à prendre sa retraite, et il mourut à la peine." Il se dit aussi d'une Entreprise à laquelle on ne veut pas renoncer, dont on ne veut pas démordre, dût-on y laisser sa vie. "Je viendrai à bout de mon dessein, ou je mourrai à la peine."
"Mourir à la tâche," Mourir au milieu de son travail, à force de travail.
"Bien ," Mourir chrétiennement.
Pop., "Mourir comme un chien," Mourir sans vouloir témoigner le moindre repentir de ses fautes, ou encore Mourir abandonné de tous.
Fam., "Mourir dans la peau d'un intrigant, d'un malhonnête homme," se dit de Quelqu'un dont on n'espère pas qu'il se corrige jamais de ses défauts ou de ses vices.
"Mourir dans son péché," Ne pas se corriger.
"Mourir tout entier," Ne laisser aucune oeuvre, aucune renommée après soi.
Par menace, "Il ne mourra que de ma main," Je le tuerai.
Par forme de souhait, "Je veux , que je meure si ce que je vous dis n'est pas vrai."
Prov. "On ne sait qui vit ni qui meurt," se dit pour marquer l'Incertitude de la vie. "Ayez un bon contrat en forme : on ne sait qui vit ni qui meurt."
Prov., "Les envieux mourront, mais non jamais l'envie."
Prov., "Nous mourons tous les jours," Chaque jour nous avançons en âge, nous faisons un pas vers la mort.
Prov. et fig., "Un lièvre va toujours au gîte," Après avoir beaucoup voyagé, on est bien aise de retourner dans son pays.
"Être mort civilement." Voyez CIVIL.
Fig., "Être mort au monde," se dit d'une Personne qui a quitté le monde pour vivre dans la retraite et dans les exercices de piété. "Mourir au péché, au vice, à ses passions," Rompre avec le péché, le vice, les passions.
"Être mort pour quelqu'un," Être considéré comme mort par une personne avec laquelle on avait autrefois des relations de famille, d'amitié, etc., ou inversement, S'abstenir de toutes relations avec des parents, des amis qu'on a quittés. "Ce jeune homme s'est expatrié, il est mort pour sa famille. Après ce que vous venez de faire, vous êtes mort pour moi."
MOURIR se dit souvent par exagération. "Mourir de chaleur, de froid, de faim, de soif. Mourir d'impatience, d'inquiétude. Vous devriez de honte. Mourir de joie. Mourir de rire. Il meurt d'amour pour cette femme. Il meurt d'envie de la voir. Mourir d'ennui. S'ennuyer à ."
"Mourir de faim" signifie spécialement N'avoir pas les moyens d'exister. "Cet homme, cette famille meurt de faim." On dit substantivement, dans le même sens, "Un meurt-de-faim," Un homme qui n'a pas de quoi vivre.
Par exagération, "Vous me faites ," Vous m'affligez beaucoup; vous m'impatientez extrêmement.
Fig., "Faire quelqu'un à petit feu," Le faire languir en prolongeant des peines d'esprit, des inquiétudes, des chagrins qu'on pourrait lui épargner ou lui abréger.
MOURIR se dit également des Arbres et des plantes. "Ces arbres ne viennent pas bien dans les sables, ils y meurent tous. J'avais planté des poiriers, des pommiers, qui sont morts. Le froid a fait ces fleurs."
MOURIR se dit, par analogie, des États, des institutions, des établissements. "Les États, les empires meurent comme les hommes. Cette entreprise, cette industrie meurt faute de capitaux, faute de main-d'oeuvre."
MOURIR se dit aussi des Choses morales, des productions de l'esprit, des ouvrages de l'art. "Sa gloire, sa mémoire, son nom ne mourra jamais. Vos bienfaits ne mourront jamais dans ma mémoire. Les ouvrages de cet auteur, de ce peintre, de ce sculpteur ne mourront pas."
Il se dit encore figurément de Certaines choses dont l'activité, le mouvement finit peu à peu. "Le flot vient sur le sable de la plage. Laisser le feu. La boule est allée au but."
Il se dit pareillement de Choses qui finissent par une dégradation insensible, comme les sons, les couleurs, etc. "Dans ce tableau, les couleurs se perdent en mourant les unes dans les autres. Les sons arrivent, en mourant, jusqu'à mon oreille. Sa voix meurt à la fin de chaque phrase."
SE MOURIR signifie Être sur le point de ; mais en ce sens il ne se dit guère qu'au présent et à l'imparfait de l'indicatif. "Il se meurt. Il se mourait." Fig., "Votre feu, votre lampe se meurt. Cette industrie se meurt."
Par exagération, "Il se meurt d'amour, de peur, d'impatience, d'envie de dormir, etc."



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Cesser de vivre. Mourir de vieillesse, de maladie, de mort violente. Son cheval vient de . Il est mort de faim.
DU RYER: « Quiconque sait , sait bien aussi se taire »
CORN.: « Ma fille, il est toujours assez tôt de »
CORN.: « Mourir pour le pays est un si digne sort, Qu'on briguerait en foule une si belle mort »
CORN.: « Voir le dernier Romain à son dernier soupir, Moi seule en être cause et de plaisir ! »
CORN.: « Si pour son prince est un illustre sort, Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort ! »
CORN.: « Quoi ! vous causez sa perte, et n'avez point de pleurs ? - Non, je ne pleure point, madame, mais je meurs »
SACI: « Les jeunes gens mourront par l'épée, leurs fils et leurs filles mourront de faim »
PASC.: « Nous nous connaissons si peu, que plusieurs pensent aller quand ils se portent bien, et plusieurs pensent se porter bien quand ils sont proche de »
PASC.: « Je ne suis la fin de personne, et n'ai pas de quoi le satisfaire : ne suis-je pas prêt à ? »
PASC.: « On mourra seul ; il faut donc faire comme si on était seul »
SÉV.: « Ce qui me fâche, c'est qu'en ne faisant rien les jours se passent, et notre pauvre vie est composée de ces jours, et l'on vieillit, et l'on meurt »
SÉV.: « Si on m'avait demandé mon avis, j'aurais bien aimé à entre les bras de ma nourrice ; cela m'aurait ôté bien des ennuis, et m'aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément »
BOSSUET: « Tant il est vrai que tout meurt en lui [l'homme], jusqu'aux termes funèbres par lesquels on exprimait ses malheureux restes »
BOSSUET: « Nous mourons tous, a dit cette femme dont l'Écriture a loué la prudence, et nous allons sans cesse au tombeau ainsi que des eaux qui se perdent sans retour »
BOSSUET: « Cette admirable parole, qu'elle aimait mieux vivre et sans consolation, que d'en chercher hors de Dieu »
FLÉCH.: « Turenne meurt, tout se confond, la fortune chancelle, la victoire se lasse, la paix s'éloigne »
MAINTENON: « Je plains Mlles de Barneval, si elles perdent leur mère : je ne puis plaindre ceux qui meurent »
MAINTENON: « En mourrai-je moins, me direz-vous ? vous mourrez plus tard : chaque instant de votre vie m'est précieux »
MAINTENON: « M. de Barbezieux meurt à la fleur de son âge, dans une très grande fortune, et à la veille d'une fortune encore plus grande »
RAC.: « L'imbécile Ibrahim, sans craindre sa naissance, Traîne dans le sérail une éternelle enfance ; Indigne également de vivre et de .... »
RAC.: « Ne tardons plus, marchons ; et, s'il faut que je meure, Mourons, moi, cher Osmin, comme un vizir, et toi Comme le favori d'un homme tel que moi »
RAC.: « Ariane, ma soeur, de quel amour blessée, Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »
RAC.: « Mourez donc, et gardez un silence inhumain »
ROLLIN: « Virgile mourut à Brunduse l'année de Rome 735, âgé de cinquante-deux ans »
FONTEN.: « M. Cassini mourut le 14 septembre 1712, âgé de 87 ans et demi, sans maladie, sans douleur, par la seule nécessité de »
STAAL: « Un peu avant qu'il [l'argent] finît, je tombai assez malade pour espérer de : on ne meurt jamais à propos ; je fus trompée dans mon attente »
VOLT.: « Quand il faut rendre son corps aux éléments, et ranimer la nature sous une autre forme, ce qui s'appelle ; quand ce moment de métamorphose est venu, avoir vécu une éternité, ou avoir vécu un jour, c'est précisément la même chose »
VOLT.: « On meurt en détail, ma chère amie ; puissiez-vous jouir d'une meilleure santé que la mienne ! »
VOLT.: « On sait bien qu'il faut ; mais, en conscience, il ne faudrait pas aller à la mort par de si vilains chemins »
SAURIN: « Mourir est un instant, vivre est un long supplice »
BUFF.: « Nous commençons de vivre par degrés, et nous finissons de comme nous commençons de vivre »
GILBERT: « Je meurs, et sur la tombe où lentement j'arrive, Nul ne viendra verser des pleurs »
LAMART.: « Prends ton vol, Ô mon âme, et dépouille tes chaînes ; Déposer le fardeau des misères humaines, Est-ce donc là ? »
    Mourir roi, prince, etc. avec la dignité de roi, de prince, etc.
RAC.: « Traître, songe, en mourant, que tu meurs mon sujet »
VOLT.: « Il a soixante et quatorze ans, C'est pape et non pas l'être »
    Il se dit dans un sens analogue avec un adjectif. Il est mort repentant.
RAC.: « Quand tu sauras mon crime et le sort qui m'accable, Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus coupable »
    Mourir dans une croyance, y persister jusqu'à la fin de sa vie.
DIDER.: « Le bon religieux conçut que le philosophe était résolu de dans la religion de son pays »
    En un sens analogue, dans son péché, ne pas se corriger.
VOLT.: « Ce n'est pas parce que j'ai quatre-vingts ans que je pense ainsi ; car j'avais le même goût à quinze, et probablement je mourrai dans mon péché »
    Il mourra en sa peau, ou en sa peau mourra le renard, c'est-à-dire on ne se corrige point.
    On dit de même : il mourra dans la peau d'un insolent.
BEAUMARCHAIS: « Le drôle est toujours le même, et, à moins qu'on ne l'écorche vif, je prédis qu'il mourra dans la peau du plus fier insolent !... »
    Mourir dans son lit, voy. LIT, n° 1.
    Mourir au champ d'honneur, au lit d'honneur, être tué à la guerre, en faisant son devoir, voy. HONNEUR, n° 1.
    Familièrement. Mourir de sa belle mort, de sa mort naturelle.
    Ironiquement. Mourir dans les formes, traité en règle par la médecine.
MOL.: « Ce n'est pas qu'avec tout cela votre fille ne puisse ; mais au moins vous aurez fait quelque chose, et vous aurez la consolation qu'elle sera morte dans les formes »
    Mourir martyr, en souffrant de grandes douleurs.
    Bien , chrétiennement, dans des sentiments de pénitence et de foi.
FLÉCH.: « C'est peu de reconnaître la nécessité de , si l'on n'en tire des motifs et des conséquences pour bien vivre »
    On dit dans un sens analogue, mais familièrement : décemment.
MICHELET: « Louis XV.... éloigna la du Barry, communia, mourut fort décemment »
    Populairement. Mourir comme un chien, sans vouloir témoigner le moindre repentir de ses fautes.
    Mourir tout en vie, d'une maladie vive et prompte, être emporté dans la pleine vigueur du corps et de l'esprit.
    Mourir tout entier, ne laisser aucun renom après sa mort.
RAC.: « Ne laisser aucun nom et tout entier »
    Mourir à la peine, sans avoir aucun relâche d'occupations pénibles, sans prendre une retraite.
VOLT.: « Je sens bien qu'il faut ; mais, pendant qu'on attend, tout change, et on meurt à la peine »
    Fig. Mourir à la peine, ne vouloir point démordre de ce qu'on a entrepris. Je viendrai à bout de mon dessein, ou je mourrai à la peine.
    Il ne mourra que de ma main, se dit par menace contre quelqu'un.
SÉV.: « Si c'était encore le même chevalier sur le même cheval, il ne mourrait que de ma main »
    Fig. Mourir d'une belle épée, succomber sous un ennemi à qui il est glorieux de céder, honorablement.
SÉV.: « Quoi qu'il en soit, je me porte bien ; et, si je meurs de cette maladie, ce sera d'une belle épée [honorablement], et je vous laisse le soin de mon épitaphe »
    Fig. Mourir sur le coffre, au service d'un roi, d'un grand ; locution prise des coffres sur lesquels on avait autrefois coutume dans les grandes maisons de coucher les domestiques.
TRISTAN: « Ébloui de l'éclat de la splendeur mondaine, Je me flattais toujours d'une espérance vaine ; Faisant le chien couchant auprès d'un grand seigneur, Je me vis toujours pauvre, et tâchai de paraître ; Je vécus dans la peine, attendant le bonheur, Et mourus sur un coffre en attendant mon maître »
SÉV.: « Monsieur, je vous prie de croire [paroles de Turenne au cardinal de Retz] que, sans ces affaires-ci où peut-être on a besoin de moi, je me retirerais comme vous, et je vous donne ma parole que, si j'en reviens, je ne mourrai pas sur le coffre, et je mettrai, à votre exemple, quelque temps entre la vie et la mort »

 2   Impersonnellement. Il meurt, année moyenne, tant de personnes à Paris. Il est mort beaucoup de monde du choléra.
BUFF.: « Les mois dans lesquels il meurt le plus de monde sont mars, avril et mai, et ceux pendant lesquels il en meurt le moins sont août, juillet et septembre »

 3   Il est mort, a quelquefois la force du futur il mourra.
RAC.: « Si ma fille une fois met le pied dans l'Aulide, Elle est morte : Calchas, qui l'attend en ces lieux, Fera taire nos pleurs.... ar forme de serment, je veux , que je meure à l'instant, ou je meure, sans que, si ce que je vous dis n'est pas vrai. »
CORN.: « Je meure, mon enfant, si tu n'es admirable »
CORN.: « Je meure, en vos discours si je puis rien comprendre »
DESTOUCHES: « Si pendant un quart d'heure Vous suivez ce dessein, c'est beaucoup ou je meure »
BOISSY: « M. de Forlis : Promets-moi.... - Le baron : Que je meure Si j'y manque, monsieur »
GENLIS: « Je veux si je comprends un mot à tout ce galimatias »
    On dit aussi : Que je ne meure.
VOIT.: « Je n'ai, que je ne meure, point de joie si sensible, que lorsque je pense que la fortune nous donnera moyen quelque jour de passer le reste de notre vie l'un avec l'autre »

 4   Faire quelqu'un, le mettre à mort.
BOSSUET: « Ce tyran [Néron] fait saint Pierre »
FÉN.: « Quelques esclaves qu'on avait fait pour honorer ses funérailles »
    Faire , causer la mort. Le chagrin l'a fait .
SÉV.: « La duchesse de Bouillon alla demander à la Voisin du poison pour faire un vieux mari qu'elle avait qui la faisait d'ennui »
VOLT.: « Ce n'est pas que je croie à votre ancienne prédiction, que le roi de Prusse me ferait de chagrin ; je ne me sens pas d'humeur à d'une si sotte mort »
    Par exagération, faire , mettre dans un état très voisin de la mort.
FLÉCH.: « Il tombe tout à coup dans ces ennuyeuses douleurs où l'on souffre sans secours et sans intervalle : la respiration, qui nous fait vivre, le fait à tous moments »
    Vous me faites , vous m'affligez beaucoup, ou bien, vous m'impatientez beaucoup.
CORN.: « Tu veux que je t'écoute, et tu me fais ! »
CORN.: « La crainte de sa mort me fait déjà »
SÉV.: « Il [le cardinal de Bouillon] m'a conté mille choses de M. de Turenne, qui font »
SÉV.: « Le moyen de se représenter que vous êtes au lit, affligé de toutes les parties et les jointures de votre petit corps.... c'est pour nous faire »
    Faire quelqu'un à petit feu, lui causer des peines continuelles qui le rongent.

 5   Se laisser , ne rien faire pour soutenir sa vie.
DIDER.: « Elle prit une poignée de terre qu'elle répandit en croix sur le corps de son fils qu'elle avait étendu à ses pieds ; son mari comprit le signe et se laissa de faim »

 6   Éprouver une mortelle affliction.
ROTR.: « Je mourrai plus que vous du coup qui vous tuera »
RAC.: « Je meurs si je vous perds ; mais je meurs si j'attends »
RAC.: « Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi »
    Familièrement. Pour , c'est-à-dire au point d'éprouver un très vif sentiment déterminé par le sens de la phrase, ou bien une peine, une fatigue.
SÉV.: « Je vous loue fort que vous ne reconduisiez point, c'était pour »
    À , au point de souffrir beaucoup.
MOL.: « Une toux me tourmente à »
SÉV.: « Je suis lasse à de la fadeur des nouvelles »
SÉV.: « J'avais grande envie de me jeter dans le Bourdaloue [aller à un sermon] ; mais.... la presse était à »
GENLIS: « Je ne suis presque plus en colère contre vous ; mais je suis triste à »

 7   Mourir sur, se fatiguer excessivement sur.
RÉGN.: « Ô chétifs, qui, mourant sur un livre, Pensez, seconds phénix, en vos cendres revivre »

 8   Par exagération, supporter les dernières extrémités.
SÉV.: « Je pensais qu'il fallait plutôt que d'en ouvrir la bouche ; mais, voyant mon fils si sincère, je le suis aussi »

 9   Mourir se dit, par exagération, de quelque sensation, de quelque passion ou sentiment qui s'empare de nous. Mourir de chaud, de froid. Mourir de faim, de soif.
RÉGNIER: « Laissons-le discourir, Dire cent et cent fois : il en faudrait ! »
MOL.: « Tous ceux qui les voient meurent d'envie de les trouver belles »
MOL.: « Ah ! que voilà un air qui est passionné ! est-ce qu'on n'en meurt point ? »
SÉV.: « M. le chevalier lui fit voir ce que vous lui écriviez ; cela fait de tendresse et de reconnaissance »
SÉV.: « Vous avez peur que je ne meure de joie ; mais ne craignez-vous point aussi que je ne meure du déplaisir de croire voir le contraire ? »
SÉV.: « Quel moyen de revoir ces allées, ces devises, ce petit cabinet, ces livres, cette chambre sans de tristesse ? »
MAINTENON: « Le comte d'Estrées meurt de peur que ce ne soit une grossesse »
MAINTENON: « Mlle d'Aumale meurt d'ennui de tout ce qu'elle voit ici ; toute la maison est en larmes »
HAMILT.: « Un bon repas l'attendait ; il mourait de faim »
VOLT.: « Pour à ses pieds d'amour et de fureur »
    Corneille a dit , absolument, pour d'envie.
CORN.: « Lui, quand il a promis, il meurt qu'il n'effectue »
CORN.: « Voulez-vous me servir ? - Si je le veux, j'y cours, Madame, et meurs déjà d'y consacrer mes jours »
CORN.: « Et l'on ne voit que trop quel droit j'ai de haïr Un empereur sans foi qui meurt de me trahir »
    Mourir de rire, se livrer à un rire excessif.
SÉV.: « Il nous a lu aussi des chapitres de Rabelais à de rire »
HAMILT.: « Il mourait de rire toutes les fois qu'il voyait sa mine »
    Mourir de, avec un verbe à l'infinitif, éprouver un mortel ennui à.
SÉV.: « Je mourrais de faire longtemps la vie de Rennes »
    Mourir de faim, n'avoir pas les moyens d'exister.
MAINTENON: « Non que je croie qu'il faut laisser de faim le vice, mais parce qu'il est juste de ne le nourrir qu'après avoir bien engraissé la vertu »
    Substantivement. Un meurt-de-faim, un homme qui n'a pas ou qui ne gagne pas de quoi vivre. Des meurt-de-faim.

 10   Fig. Mourir, être passionnément amoureux.
RAC.: « Je meurs pour Isabelle »

 11   Être mort civilement, se dit des religieux et des religieuses, qui, en cette qualité, renoncent pour toujours à certains droits, à certains avantages de la société.
    En termes de jurisprudence, être mort civilement, être privé à jamais, par un jugement, des droits et des avantages de la société.

 12   Dans le langage de la dévotion, avoir fait le complet sacrifice de tout ce qui est nature dans l'homme.
BOSSUET: « Un chrétien toujours attentif à combattre ses passions meurt tous les jours avec l'apôtre ; un chrétien n'est jamais vivant sur la terre.... »
    Être mort tout vif, être en état de péché mortel.
BOSSUET: « La veuve qui passe sa vie dans les plaisirs est morte toute vive »

 13   Mourir à, renoncer pour jamais à.
PASC.: « Comme Jésus-Christ a souffert durant la vie mortelle, est mort à cette vie mortelle... »
PASC.: « L'âme souffre et meurt au péché dans la pénitence et le baptême »
FLÉCH.: « Elle mourut longuement à ses passions, avant que de perdre la vie du corps »
FLÉCH.: « Saint Bernard résolut de porter le joug du Seigneur et de à l'affection et au souvenir de tous les hommes »
MAINTENON: « Qu'elles vivent comme des anges ! qu'elles ne songent qu'à à elles-mêmes ! »
MAINTENON: « Mourez au monde : ne le reprenez pas au parloir après l'avoir renoncé à la grille »
MASS.: « Le monde meurt pour lui ; mais lui-même en mourant ne meurt pas encore au monde »
MASS.: « Heureuse de à tout, avant que tout meure pour vous »
VOLT.: « Elle a vécu.... Je meurs au reste des humains »
    Être mort pour quelqu'un, ne pouvoir plus lui être d'aucune utilité, ne conserver aucune relation avec lui.
RAC.: « Pour accabler César d'un éternel ennui, Madame, sans , elle [Junie] est morte pour lui »
    Dans un sens analogue, être mort pour quelque chose, ne pouvoir plus y être sensible, en être privé pour toujours.
ROTR.: « J'étais mort pour la gloire, et je n'ai pas vécu »

 14   Mourir, en parlant des arbres, des plantes. Ce pêcher est mort d'un coup de soleil.

 15   Fig. Cesser d'exister, en parlant des institutions, des établissements, des États.
BOSSUET: « Le sort des empires est entre les mains de Dieu ; ils meurent en leur temps comme le reste des choses humaines »
BOSSUET: « Si les hommes apprennent à se modérer en voyant les rois, combien plus seront-ils frappés en voyant les royaumes mêmes ! »
VOLT.: « Notre religion réelle, le déisme, a vu naître et mille cultes fantastiques, ceux de Zoroastre, d'Osiris, de Zalmoxis, d'Orphée, de Numa, d'Odin et de tant d'autres »
    Ne pas , continuer à exister comme corps, en parlant des compagnies, des communautés. Les communautés ne meurent point.
    En France, le roi ne meurt pas, un roi de France qui meurt a immédiatement pour successeur son héritier présomptif.

 16   Fig. Cesser, finir peu à peu, en parlant de l'activité, du mouvement de certaines choses. Ce feu mourra si l'on n'y met du bois. Ne laissez pas le feu. Le sabot va , si tu ne lui donnes un coup de fouet. Le boulet de canon vint là.
BONNET: « Approchez-vous de ce banc de terre glaise où le flot va »
CHATEAUBR.: « Les vagues ... battaient la grève, venaient à mes pieds »
LAMART.: « Vois-tu comme le flot paisible Sur le rivage vient ? Cesser, s'éteindre, en parlant des choses morales, des passions. »
MAIRET: « Si l'étrange accident que vous allez entendre N'eût ranimé mon feu qui mourait sous la cendre »
CORN.: « Ma haine va que j'ai crue immortelle ; Elle est morte, et ce coeur devient sujet fidèle »
CORN.: « Je vois.... Que la vertu du fils soutient celle du père, Qu'elle ranime en lui la raison qui mourait »
CORN.: « Que toute sa vertu meure en un grand forfait »
ROTR.: « Ne nous obstinons point à des voeux superflus, Laissons l'amour où l'espoir ne vit plus »
BOILEAU: « Le chantre désolé, lamentant son malheur, Fait l'appétit et naître la douleur »
    Il se dit aussi des souvenirs, de la gloire, des productions de l'esprit, des ouvrages de l'art. Un souvenir qui ne meurt point. Vos bienfaits ne mourront point dans mon coeur. Les oeuvres de ce poëte, de ce peintre, ne mourront pas.
VOLT.: « Mais, soutenu du tien, mon nom ne mourra plus »

 17   Ne pas s'achever.
FÉN.: « À ces mots, la parole meurt dans sa bouche »
    Les paroles lui meurent dans la bouche, il laisse tomber sa voix et traîne ses paroles.

 18   Il se dit d'un son qui s'éteint peu à peu, et de la dégradation des couleurs. Les tintements de la cloche allaient au loin. Dans ce tableau, les couleurs se perdent en mourant les unes dans les autres.
DELILLE: « Tremble qu'une pensée, une maxime, un mot N'aille dans l'oreille d'un sot ! »
    Terme de peinture. Faire les couleurs, en adoucir l'éclat, la vivacité, ménager avec art le passage des clairs aux bruns.

 19   Exprimer la défaillance, la mort prochaine.
MASS.: « Ses yeux [de Jésus] déjà éteints vont sur elle [Marie] »
    Exprimer la langueur.
RETZ: « Mademoiselle de Retz avait les plus beaux yeux du monde, mais ils n'étaient jamais si beaux que quand ils mouraient »

 20   Scier ou couper un morceau de bois en mourant, le scier ou le couper de sorte que l'épaisseur diminue insensiblement et vienne à rien.

 21   Se dit à la poule, au billard et à plusieurs autres jeux, pour être mis hors du jeu comme perdant. On meurt en tant de points.

 22   Se , v. réfl. Être sur le point de .
DU RYER: « Ici l'enfant se meurt d'une mort triste et lente »
BOSSUET: « Ô nuit désastreuse, ô nuit effroyable, où retentit tout à coup comme un coup de tonnerre cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte »
RAC.: « Mes filles, soutenez votre reine éperdue ; Je me meurs »
VOLT.: « Il y avait à Orléans un vieux chanoine janséniste qui se mourait et à qui ses confrères refusaient la communion »
    Par exagération. Il se meurt d'amour, de peur, d'impatience, d'envie de dormir, etc.
SÉV.: « Le pauvre enfant se meurt de douleur »
VOLT.: « Qui, toujours se signant, et disant ses rosaires, Leur prêchait la constance, et se mourait de peur »
    Fig. Finir, cesser.
MALH.: « En ses propos mourants ses complaintes se meurent »
    S'éteindre. Votre feu se mourait. Votre lampe se meurt.
    Il ne se dit qu'au présent et à l'imparfait de l'indicatif et à l'infinitif.

 23   S. m. Le .
RÉGNIER: « ....Ce mal qui m'afflige au »
LA FONT.: « Ô douce volupté, sans qui dès notre enfance Le vivre et le nous deviendraient égaux »

PROVERBES
    Un lièvre, un bon lièvre vient toujours au gîte, c'est-à-dire après avoir beaucoup voyagé, on est bien aise de retourner en son pays.
MOL.: « Les envieux mourront, mais non jamais l'envie »
    Nous mourons tous les jours, c'est-à-dire il n'y a pas de jour que nous ne fassions un pas vers la mort.
    On ne sait qui meurt ni qui vit, l'heure de la mort est incertaine, il faut prendre des assurances par écrit.
    Autant meurt veau que vache, les jeunes meurent comme les vieux.
    Il faut vieillir ou jeune .
    Il n'en mourra que les plus malades, c'est-à-dire le danger n'est pas si grand qu'on le croit.
    Mourir se conjugue avec l'auxiliaire être.

REMARQUE
    1. Faire n'a point de passif. On ne dit pas : Ce criminel fut fait .
    2. Faire n'a pas non plus de mode réfléchi ; et l'on ne dit pas se faire ; cela se disait autrefois :
DESMARETS: « Ma main l'a fait périr En lui donnant le fer dont il s'est fait Toutefois, dans le langage familier, on s'en sert souvent quand il n'est pas question d'une mort violente : Vous vous faites à force de pleurer ; il travaille trop, il s'en fera . »
    3. Voltaire a employé ayant été mort dans un cas où il serait difficile de se servir d'une autre tournure.
VOLT.: « Théophile d'Antioche prouve que, le Lazare ayant été mort pendant quatre jours, on ne pouvait admettre... »
    4. Dans ces vers de Racine :
RAC.: « Mes soins, en apparence épargnant ses douleurs [de Claude], De son fils, en mourant, lui cachèrent les pleurs en mourant est construit irrégulièrement, se rapportant non au sujet, mais à un régime direct. Cependant, quand le sens n'en souffre pas, cette construction n'est pas à rejeter. »
    5. Racine a dit :
RAC.: « Et du même poignard dont est morte la reine Sur quoi Racine le fils observe qu'on ne dit pas d'un poignard. Mais pourquoi ? Ne dit-on pas, dans une locution, proverbiale il est vrai, d'une belle épée ? »
    6. Mourir, bien que neutre, peut devenir verbe réfléchi, mais seulement au présent et à l'imparfait ; on ne pourrait dire : il s'est mort (voy. le pronom SE, pour l'explication de cette tournure).
    7. L'expression je meure si, etc. doit être conservée telle qu'elle est, avec le verbe au subjonctif. Lanoue dans la Coquette corrigée (II, 9) a dit par l'indicatif : Je meurs si j'entends rien à tout ce jargon-là. C'est une faute grossière. Il est absurde de dire qu'on meurt si on entend ; tandis qu'il est très raisonnable de dire je veux ou que je meure si je vous comprends.

HISTORIQUE
    Xème siècle
     Eulalie: Por o s'furet morte [elle serait morte pour cela] à grant honestet
    XIème siècle
     Lois de Guill. 36: Si home mort [meurt] sans devise [testament], si departent les enfans l'erité [l'héritage]
     Ch. de Rol. XV: Ne lui chaut, sire, de quel mort nous murions
     ib. XXVI: Mielx est sul moerge [que je meure seul] que tant bon chevalier
     ib. XXXII: Là murrez vous à honte et à viltet
     ib. CXCIV: [Il] Mort [tué] m'a mes homes, ma terre degastée
    XIIème siècle
     Sax. V: Là fu morz Oliviers et ses compainz Rolanz
     ib. XXVI: Car cil qui pert honor vaurroit mieux mors que vis [vif, vivant]
     Couci, I: Et mi desconfort greignor [plus grands], Dont je morrai sans retor
DESMARETS: « ....Car à trop grant dolor Muir [je meurs] et languis ; vostre pitié le sache »
DESMARETS: « Se nuls morist [mourut] pour avoir cuer dolent »
DESMARETS: « Ce est la mort dont mieux morir devroie »
DESMARETS: « Et je, qui sui au morir, Ne sai qu'un mot, tant [je] le desir : Merci »
DESMARETS: « ....Et jà de sa prison [je] Ne quier issir se mors ou aimés non »
     Rois, p. 201: Nus ne vus demandums ne or ne argent ; ne ne volum pas que huem de Israel i murged
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Et après quant il vit ce, si l'estrangla et fist dire partout qu'il estoit mort de sa mort »
     Berte, VII: Se bien ne vous prouvez [si vous ne vous comportez pas bien], de la douleur morrai
BEAUMANOIR: « Et oïrent que cil qui morut dist : il m'a mort »
BEAUMANOIR: « Encore se li lai [laïques] ne les ozoient penre [prendre] ou mors ou vis.... »
     la Rose, 1446: Ici desus Se mori le biaus Narcissus
    XIVème siècle
BERCHEURE: « Tarquin mourit à Cumes »
    XVème siècle
FROISS.: « Monseigneur, sauve soit votre grace ; nous ne voulons pas que Gaston muire ; c'est vostre heritier, et plus n'en avez »
FROISS.: « La riviere qui queurt parmi la ville de Caen, qui porte grosse navire, estoit si basse et si morte qu'ils la passoient et repassoient à leur aise, sans danger du pont »
COMM.: « Son neveu, le duc de Milan, se mouroit »
     Perceforest, t. III, f° 145: Si fut tant esbahi qu'il devint mort comme terre
     ib. t. I, f° 31: Seigneurs, dit le roy, j'ay ouy dire communement : va où tu veulx, meurs où tu doys
     J. de Saintré, ch. 2: Le quel AEeas tant aymoit Dido, qu'il en mouroit
LEROUX DE LINCY: « À bien chascun doit tendre ; à la fin faut devenir cendre »
     Aresta amorum, p. 211, dans LACURNE: La punition et la peine devoit estre bien grande contre la dite dame, qui avoit esté cause de la faire ainsi avant sa mort
    XVIème siècle
BEAUGUÉ: « Courtine bien remparée par le dedans de grosse terre, où les boulets alloyent »
RONS.: « Mais celuy qui premier, s'opposant à l'effort Des vaillans ennemis, meurt d'une belle mort »
RONS.: « Jamais des masles coeurs les louanges ne meurent »
D'AUB.: « Le ruisseau duquel nous avons parlé estoit renforcé de la cheutte de deux estangs, entre lesquels venoit en bas une petite pleine triangulaire »
D'AUB.: « Cet obstacle fut levé par l'authorité des grands, disans que la royne ne mouroit point, et partant fut ouverte la premiere seance »
D'AUB.: « C'est pour en [locution à la mode parmi les courtisans, au temps d'Henri IV], il faut dire cela en demenant les bras, branlant la teste, changeant de pied, peignant d'une main la moustache et d'aucunes fois les cheveux »
AMYOT: « Nous en avons veu plusieurs qui endurent estre fouettez jusques au sur l'autel de Diane »
AMYOT: « Meurs toy maintenant, Diagoras, car ja ne monteras plus au ciel »
MONT.: « J'en feus si mal que j'en cuiday »
MONT.: « La fleur d'aage se meurt et passe quand la vieillesse survient ; le premier aage meurt en l'enfance »
MONT.: « Mourant, il se feit porter où le besoing l'appeloit »
RAB.: « Les ungs mouroient sans parler, les aultres parloient sans ; les uns se mouroyent en parlant, les aultres parloient en mourant »
CHARRON: « Et un bon vaut mieux qu'un mal vivre »
LEROUX DE LINCY: « On ne peut que d'une mort »
DESPER.: « Il n'en tastoit point, tellement qu'il mouroit tout en vie auprès d'elle »
COTGRAVE: « C'est trop aimer, quand on en meurt »
COTGRAVE: « Le loup mourra en sa peau, qui ne l'escorchera »
COTGRAVE: « Envieux meurent, mais envie ne mourra jamais »
COTGRAVE: « Il commence bien à qui abandonne son desir »
COTGRAVE: « Qui bien veut , bien vive »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. meuri ; wallon, morî, je moûr, je meurs, moron, mourant ; Berry, mourer, mouzir ; picard, morir ; provenç. morir, murir ; espagn. morir ; portug. morrer ; ital. morire ; du latin fictif moriri, tiré du latin mori, .


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je meurs, tu meurs, il meurt; nous mourons, vous mourez, ils meurent. Je mourais. Je mourus. Je mourrai. Meurs. Que je meure. Je mourrais. Que je mourusse. Mourant. Mort.") Cesser de vivre. Il se dit Des hommes et Des animaux. "Mourir d'une mort naturelle, de mort violente, de vieillesse, de maladie, d'un coup d'épée. Mourir subitement. Mourir vieux, jeune. Mourir à la fleur de l'âge. De quoi est-il mort? Il est mort d'apoplexie, d'une fluxion de poitrine. Il est mort de faim. Il est mort empoisonné. Il est mort content. Il est mort pauvre. Le chagrin l'a fait . Il va , il s'en va , il s'en va mourant. Il est malade à en . Il s'est laissé de faim. Mourir avec fermeté, avec courage, avec résignation. Mourir en homme de coeur, en philosophe, en homme de bien, en bon chrétien. Mourir chrétiennement, comme un saint, dans la grâce de Dieu, de la mort des justes. Il faut bien vivre pour bien ." JÉSUS-CHRIST "est mort pour tous les hommes. Mourir pour son roi, pour son pays, pour sa patrie, pour sa religion. Ses brebis sont mortes de la clavelée. Son chien est mort enragé. Son cheval vient de ."
Fam., "Mourir de sa belle mort," Mourir de mort naturelle.
"Mourir au champ d'honneur, au lit d'honneur", Être tué à la guerre en faisant son devoir. "Voyez" LIT.
Ironiq. et fam., "Mourir dans les formes," Mourir en se faisant traiter suivant les règles de la médecine.
"Faire quelqu'un," Le mettre à mort en exécution d'une condamnation. "On le fit en place de Grève."
"Mourir tout en vie," Mourir d'une maladie vive et prompte; être emporté par la violence du mal, lorsqu'on a encore toute la vigueur que l'on avait en santé.
"Mourir martyr," Mourir en souffrant de grandes douleurs. "Il est mort martyr."
Pop., "Mourir comme un chien," Mourir sans vouloir témoigner le moindre repentir de ses fautes. "Il est mort comme un chien."
Fam., "Cet homme mourra dans sa peau," Il ne changera jamais ses mauvaises habitudes. On dit dans le même sens, "Il mourra dans la peau d'un insolent, d'un impertinent, d'un fat, etc."
Par menace, "Il ne mourra que de ma main," Je le tuerai.
Par forme de serment, "Je veux , que je meure à l'instant, si ce que je vous dis n'est pas vrai."
"Je viendrai à bout de mon dessein, ou je mourrai à la peine," Je ne veux point démordre de ce que j'ai entrepris, rien ne m'y fera renoncer.
Prov., "On ne sait qui meurt, ni qui vit," se dit, dans certaines occasions, Pour marquer l'incertitude de la vie. "Il faut lui donner une reconnaissance de l'argent qu'il a prêté, car on ne sait qui meurt, ni qui vit."
Prov., "Les envieux mourront, mais non jamais l'envie."
"Nous mourons tous les jours," Chaque jour nous avançons en âge, nous faisons un pas vers la mort.
Prov. et fig., "Un lièvre va toujours au gîte," Après avoir beaucoup voyagé, on est bien aise de retourner dans son pays.
Fig., "Les communautés ne meurent point," Elles se renouvellent sans cesse.
"En France, le roi ne meurt pas," D'après le principe de successibilité établi, un roi de France qui meurt a immédiatement pour successeur son héritier présomptif.
"Être mort civilement," se dit Des religieux et des religieuses, qui, en cette qualité, ont renoncé pour toujours à certains droits, à certains avantages de la société.
"Être mort civilement," se dit aussi D'un homme condamné au bannissement perpétuel ou aux travaux forcés à perpétuité, et qui par là est privé à jamais des droits et des avantages de la société.
"Être mort au monde," se dit D'une personne qui a quitté le monde pour vivre dans la retraite et dans les exercices de piété. On dit à peu près dans le même sens, "Mourir au péché, au vice, à ses passions."
"Être mort pour quelqu'un," Ne pouvoir plus lui être d'aucune utilité, ne conserver aucune relation avec lui. "Ce jeune homme s'est expatrié, il est mort pour sa famille." On dit aussi, "Être mort pour quelque chose," Ne pouvoir plus y être sensible, en être privé pour toujours. "Il est mort pour les plaisirs."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit souvent par exagération. "Mourir de chaud, de froid, d'impatience, de chagrin, d'inquiétude. Je meurs de faim, de soif. Vous devriez de honte. Mourir de douleur, de regret. Il meurt mille fois le jour. Cela le ferait de joie. Il pensa de rire. Il meurt d'amour pour cette femme-là. Il meurt d'envie de le voir. Mourir d'ennui. S'ennuyer à ."
Fig., "Mourir de faim," N'avoir pas les moyens d'exister. "Cet homme, cette famille meurt de faim." On dit substantivement dans le même sens, et par dénigrement, "Un meurt-de-faim," Un homme qui n'a pas de quoi vivre.
Prov., "Vous me faites ," Vous m'affligez beaucoup; Vous m'impatientez extrêmement.
Fig., "Faire quelqu'un à petit feu," Le faire languir en prolongeant des peines d'esprit, des inquiétudes, des chagrins qu'on pourrait lui épargner ou lui abréger.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit également Des arbres et des plantes. "Ces arbres ne viennent pas bien dans les sables, ils y meurent tous. J'avais planté des poiriers, des pommiers, qui sont morts. Le froid a fait ces fleurs."
Il se dit aussi Des États, des institutions, des établissements. "Les États, les empires meurent comme les hommes. Cette entreprise, cette manufacture meurt faute de capitaux, de fonds."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des choses morales, des passions, des productions de l'esprit, des ouvrages de l'art. "Sa gloire, sa mémoire, son nom ne mourra jamais. Vos bienfaits ne mourront jamais dans ma mémoire. Les ouvrages de cet auteur, de ce peintre, de ce sculpteur, ne mourront jamais. Ses passions ne durent guère, elles meurent bientôt. Faire le péché en soi. Faire ses passions".
Il se dit encore figurément De certaines choses dont l'activité, le mouvement finit peu à peu. "Ce feu mourra, si l'on n'y met du bois. Laisser le feu. Laisser un sabot. Le boulet de canon vint là. La boule est allée au but."
Il se dit pareillement De choses qui finissent par une dégradation insensible, comme les sons, les couleurs, etc. "Dans ce tableau, les couleurs se perdent en mourant les unes dans les autres. Les sons arrivent, en mourant, jusqu'à mon oreille. Sa voix meurt à la fin de chaque phrase."
"Les paroles lui meurent dans la bouche," Il laisse tomber sa voix, et traîne ses paroles.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel, et alors il signifie, Être sur le point de ; mais, en ce sens, il ne se dit guère qu'au présent et à l'imparfait de l'indicatif. "Il se meurt. Il se mourait. Votre feu, votre chandelle, votre lampe se meurt."
Par exagérat., "Il se meurt d'amour, de peur, d'impatience, d'envie de dormir, etc."




Emplacement dans le dictionnaire :

mouliner
mouloud
moult
moulu
moulure
moulûre
moulurier
mourant
mouret

mouron
mourroy
mousquetade
mousquetaire
moussache
moussant
mousse
moussé
mousser
mousseron
mousseux




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...prédit l'oracle de Calchas. Clytemnestre Ô ma fille chérie, ô mon Iphigénie, ton père, furieux, veut t'égorger, hélas ! Le Vieillard sur l'autel d'Artémis, de ces lieux souveraine, ta fille va mourir pour le retour d'Hélène. Clytemnestre on égorge ma fille, on m'arrache le coeur pour rendre à Ménélas mon odieuse soeur ! Le Vieillard tu sais tout maintenant. Clytemnestre ce n'était donc...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...lui rendre sa peine et ses soins nourriciers ! Tous ces tendres projets, ces paroles amies n'ont pas quitté mon souvenir ; je m'en flattais encor, mais toi, tu les oublies et tu veux me faire mourir. Ah ! Pourquoi sur sa nef fendant la mer calmée Pâris toucha nos bords heureux, et d'un nouvel hymen Hélène fut charmée, brûlant des plus coupables feux ! ... tourne les yeux vers moi, que sur ta...


Citation n°3 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...princesse, et considère que même au plus vaillant la mort paraît amère. Iphigénie si ton zèle m'est doux et s'il plaît à mon coeur, en ferai-je l'objet d'un espoir sans honneur ? Non, laissez-moi mourir : en ce moment extrême, sans présumer de moi j'ai jugé par moi-même. Intrépide héros, je sais ce que tu peux ; mais, ne me servant pas, tu me serviras mieux. Et puisqu'ainsi les dieux ordonnent de...


Citation n°4 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...ACTE V SCÈNE 5 Le Choeur Une Choreute devant les rois muets et le peuple étonné s'approche de l'autel, dans la sainte prairie, avec un coeur content et le front couronné, celle qui va mourir pour venger sa patrie. Une Autre celle qui va mourir, offrande à son pays, a reçu pour parer sa beauté virginale, des plus charmantes fleurs les noeuds épanouis, et la main de son père a...


Citation n°5 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...les rois muets et le peuple étonné s'approche de l'autel, dans la sainte prairie, avec un coeur content et le front couronné, celle qui va mourir pour venger sa patrie. Une Autre celle qui va mourir, offrande à son pays, a reçu pour parer sa beauté virginale, des plus charmantes fleurs les noeuds épanouis, et la main de son père a versé l'eau lustrale. Une Autre Ô vierge, gloire à toi, qui...


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